Les archives de l'ESJ dévoilées

Plusieurs dizaines de kilos d’archives de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris et de ses deux écoles sœurs des origines, des Hautes Etudes Internationales et des Hautes Etudes Sociales viennent d’être retrouvées dans un box au fond du 13ème arrondissement.

Préservées grâce aux bons soins de Marie-Claude CHAIGNEAU, essentiellement constituées des dossiers d’élèves, de pièces administratives et comptables, ces archives révèlent un passé relativement méconnu, un quotidien éloigné de l’histoire institutionnelle. Au début du 20ème siècle, l’ESJ va être la « mère » de toutes les écoles de journalisme dont elles vont s’inspirer.

C’est pour cette raison qu’à l’initiative de l’association des anciens élèves de l’ESJ, la Fondation ESJ a souhaité ouvrir ces archives aux chercheurs, faire réaliser un vrai travail d’historien sans idéologie et enfin faire publier sur le site de l’école un aperçu de ce dont elles témoignent, avant de les remettre par la suite aux Archives Nationales.

Guillaume JOBIN, Président ESJ Paris

retrouvez également ou téléchargez « Cent ans d’enseignement supérieur » par Patrick Dombrowsky (CEPC-2000)


2004-2006, 107, rue de Tolbiac, XIIIè

Les effectifs de l’ESJ vont baisser jusqu’à connaître leur étiage depuis les années d’après-guerre. Plusieurs raisons à cette chute des effectifs : une politique de visas issus par les consulats plus restrictive sans discrimination réduisant l’arrivée d’élites africaines voulant suivre un double cursus HEI/HEP et ESJ. La mise en place difficile d’une formation en alternance, très consommatrice de main d’oeuvre administrative sera abandonnée au profit de la création d’une formation de niveau bac +4/5. Parallèlement, le Centre d’Etudes Politiques et de la Communication, héritier en ligne directe de l’association de 1896 va concentrer ses efforts sur son développement international. Enfin, la direction de l’époque va vouloir poursuivre ses efforts pour obtenir, en vain, la reconnaissance par la Commission Paritaire.

A son corps défendant le conseil d’administration de CEPC va devoir prendre la décision de céder l’ESJ en 2006 ; Olivier DASSAULT présentera la candidature du groupe franco-belge d’enseignement supérieur privé LMD qui reprend alors le contrôle de l’école à la rentrée 2006. Sous l’influence d’Henri AMOUROUX et Henri MARQUE ce groupe a obtenu la préférence « nationale » face à d’autres acquéreurs, notamment américains.

Pascal CHAIGNEAU quitte alors l’ESJ pour se consacrer uniquement au CEPC après presque 20 ans d’efforts. LMD va investir en masse à l’ESJ : matériel, enseignants, personnels, locaux pour redresser la barre, avec succès. Anne PFLIMLIN, ancien élève de l’ESJ, directeur de la communication de LMD va joindre ses efforts à ceux de Guillaume JOBIN, directeur général et Thierry MAILLET, journaliste et historien, pour rénover en grand l’ESJ en conservant le noyau dur d’enseignants qui en faisaient la force.


1988, 3, place St Germain, VIè

Des promotions plus réduites, composées aux deux tiers de femmes. Très peu d’étrangers (5%). Beaucoup d’étudiants font un parcours commun HEI/HEP/ESJ ou ESJ + fac. Quelques figures médiatiques, presque toutes féminines, vont alors émerger : Marie Laure ZONSZAIN (Femme Actuelle), Valérie ZYSMAN (RFM), Brigitte VANDEVOORDE (Radio Caraïbes), Véronique RICHEZ, Sylvie RANTRUA, Paule VALOIS (Actual Prod pour AB TV), Nathalie STREE (SPI), Sabine SITRUK (Clud Med) mais aussi Alain ROQUES en radio.

Parmi les autres étudiants, on retrouve également Nathalie RONDOT, dont le père, le Général Philippe RONDOT aura également un succès médiatique en organisant la capture du terroriste Carlos quelques années plus tard. Les locaux de la place St Germain deviennent alors trop petits, ne sont plus aux normes de sécurité … l’association étudie le déménagement des trois écoles.

… à suivre …


1940-1944, 58 rue N.D. des Champs, VIe

L’ESJ comme ses deux écoles sœurs, HES et HEI vivent au ralenti, professeurs et élèves étant dispersés : prisonniers, réfugiés, peut être tués ou déportés ou plus généralement isolés en Zone non Occupée. Les effectifs vont fondre rapidement dès l’automne 1940. Les étudiants inscrits à l’école sont ceux qui ne peuvent revenir chez eux : russes blancs titulaires de passeports variés, polonais, roumains, bulgares, alsaciens, belges, originaires du Nord et du Pas de Calais, enfants dont les parents sont aux colonies ou en Zone « Libre » ou encore des ressortissants de pays neutres : turcs, égyptiens, suisses. Toutes nationalités habituellement représentées dans les effectifs de l’ESJ des années 20 aux années 70.

Les matières enseignées à cette époque vont, en plus de la culture générale du moins, faire la part belle aux études germaniques et américaines.

Quelques étudiants juifs vont pouvoir rester jusqu’en 1942, nous ignorons leur sort ultérieur pour la plupart (un faire part de mariage de 1952 puis plus tard un de décès nous renseignent partiellement). Un étudiant hospitalisé en Poméranie va même jusqu’à envoyer une lettre d’excuses pour ses absences au cours, lettre émouvante écrite au crayon noir sur un petit bout de papier. Les français sont les moins nombreux, parmi eux une majorité écrasante de femmes dont Arlette GREBEL, suisse, qui va devenir une auteur à succès.

Un étudiant optimiste va même s’inscrire un an à l’avance pour l’année scolaire 1942/1943 ; il sera le seul, celle-ci ne s’étant pas ouverte. L’ESJ s’éteint progressivement au cours de l’hiver 1941/1942, les deux autres écoles vont demeurer en sommeil jusqu’en 1944 où les seules fonctions administratives et quelques oraux sporadiques seront conduits dans une semi clandestinité ce qui est probablement à l’origine d’une rumeur infondée de « collaboration » dont est victime l’ESJ. La meilleure preuve de l’inactivité de l’ESJ est que le courrier de la période 1943/1944 est essentiellement constitué de demandes de remboursement des frais de scolarité. Les écoles seront réactivées a minima à l’automne 44, après la Libération de Paris.

Nulle trace d’entente avec l’ennemi, l’occupant ou les autorités de Vichy. Des nazis nous ne retrouvons comme traces visibles directes que quelques coups tampons de censure sur des enveloppes et l’on comprend qu’à partir de 1942 ils vont supprimer la facilité de circulation accordée aux étudiants issus de l’ex Zone Libre. En revanche la pression des Collaborateurs pronazis (plus que des Vichyssois d’ailleurs) se fait sentir, ceux ci voulant faire ajouter au programme des cours, tant en sciences sociales qu’à l’ESJ comme « les races de l’Empire français » ou « la nouvelle politique familiale de l’Allemagne », pression qui ajoutée aux autres s’exerçant sur l’école vont conduire l’ESJ à freiner puis cesser ses cours.

… à suivre …


1944-1948, 58 rue N.D. des Champs, puis 44, rue de Rennes, VIè

De 1944 à 1946, nous constatons qu’aucun étudiant n’est encore inscrit ; seuls quelques courriers de demandes de renseignements, de remboursement ou d’inscription témoignent d’une activité résiduelle, purement administrative. 1946 voit le retour des étudiants, au masculin. Signe des temps, de 1946 à 1948 vont s’inscrire beaucoup d’américains, attirés par les lumières de Paris ou plutôt l’idée qu’ils s’en font puisque le rationnement sévit encore et que les reconstructions se font attendre. Les « coloniaux » reviennent en force, notamment les Indochinois (Cambodgiens, Annamites, Tonkinois), autochtones plutôt que colons ; on ne dénombre que très peu de maghrébins et pas du tout d’africains.

Le centre de gravité du recrutement des étudiants se déplace vers l’Est. Les étudiants d’Europe Centrale sont également bien représentés : Bulgares, Tchèques, Polonais notamment ; le Rideau de Fer n’est pas encore descendu, mais on note aussi un Géorgien, des Iraniens et toujours des Egyptiens. Toutes nationalités confondues, les étrangers représentent un peu plus de 50% des effectifs, signe d’une attractivité intellectuelle persistante de l’école et de la France non négligeable malgré les années noires. Le pourcentage de femmes redescend un peu en raison du retour des hommes mais va rester durablement élevé.

C’est également l’époque où les écoles de journalisme françaises passent de deux à trois. Le duopole ESJ Paris et ESJ Lille se voient rejoint par le CFJ, créé dans l’esprît de renouveau de la Résistance par Philippe VIANNEY, également fondateur du Centre Nautique des Glénans.

… à suivre …

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